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Galerie Maurice
GARNIER
représentant
exclusif
6, Avenue Matignon
75008 PARIS - FRANCE
téléphone : +33 (0)142 256 165 |
télécopie : +33 (0)145 611 233 |
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"Merci Maurice.
Merci pour tout.
Si Bernard était là, il
serait heureux."
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L'amitié est un sentiment
essentiel et rare sans lequel ma vie serait un
désert affectif insupportable. Celle qui lie
Maurice Garnier à Bernard Buffet depuis un
demi-siècle est exemplaire. Si il en
était besoin, cette seconde exposition des
toiles destinées au Musée Bernard
Buffet de Colmar en serait une preuve
irréfutable. L'idée de reprendre
l'oeuvre de Bernard à ses débuts et
de nous la montrer, année après
année comme on feuillette l'histoire d'un
homme, est de lui et je la trouve merveilleuse.
J'avoue avoir été profondément
émue lorsque Maurice m'a fait part de sa
décision de maintenir le vernissage de
Février comme si de rien n'était. Le
premier Jeudi de Février est à mes
yeux un rite et j'aurais terriblement souffert
d'avoir à y renoncer. Je m'y rends comme
à un rendez-vous d'amour avec celui que
j'aime et qui, même absent, m'habite toute
entière. Pendant quelques heures j'ai
l'illusion qu'il est encore vivant.
Sur le bureau où j'écris ces lignes
sont étalées les photos des tableaux
choisis pour composer ce que j'appellerai le
Chapitre ll du Musée Bernard Buffet. Mon
rôle n'est pas de tenir de longs et savants
discours sur la peinture. De toute façon mon
parti pris évident m'ôterait toute
crédibilité. Par contre je peux
parler de mes émotions. J'avoue être
en admiration devant l'évolution et la
maturité que révèlent ces
oeuvres crées en quatre ans. A la
sûreté du trait que Bernard
possédait d'instinct, à son respect
du dessin s'ajoute soudain le travail de la
matière. Les nus sur les canapés et
l'Horreur de la Guerre sont à mes yeux des
chefs d'oeuvre de composition et de peinture
proprement dite. Il venait d'avoir 25 ans. Il
était célébré comme un
jeune prodige. Il aurait pu s'installer dans cette
gloire précoce. Mais Bernard refusait la
facilité. Il a toujours voulu aller plus
loin, plus haut. Il nous l'a d'ailleurs
prouvé.
J'avance trop vite dans le temps. Pour
découvrir la suite il faudra attendre
l'année prochaine ou mieux encore
l'inauguration du Musée.
Merci Maurice. Merci pour tout. Si Bernard était là, il serait heureux.
septembre 2001
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Les années se succèdent
inexorablement. Trois ans déjà, trois
ans seulement se sont écoulés depuis
la mort de Bernard Buffet. L'homme, celui que
j'aimais, n'est plus là mais grâce
à Maurice Garnier le peintre est toujours
vivant. Avec une énergie enviable et une
ténacité exemplaire Maurice continue,
jour après jour, à bâtir le
Musée qu'il veut offrir, envers et contre
tous, à celui qu'il aime et qu'il admire.
Préserver l'oeuvre de Bernard est devenu sa
raison d'être. Il a voulu que perdurent les
traditionnels vernissages du premier jeudi de
février. Comme les chapitres d'un livre, ils
racontent en images la vie d'un artiste
exceptionnel. Nous voici arrivés au chapitre
trois. Il débute en 1955 pour nous amener
jusqu'en 1959. Un choix d'oeuvres qui me
plaît tout particulièrement par
l'étendue et la variété des
inspirations qu'il démontre. A quelques pas
du bureau sur lequel j'écris ces lignes,
j'ai posé le jeu de jaquet qui lui a
longtemps servi de modèle. Les
cafetières décorent ma cuisine. Des
objets anodins qui restent à mes yeux
imprégnés de souvenirs de bonheur.
Marquée par sa présence je ne sais
pas non plus regarder un paysage réel sans
avoir la sensation de me promener dans un bateau
peint par lui. Cet été j'étais
à Paris le 15 août et Notre-Dame
ressemblait à s'y méprendre au
portrait désert et serein qu'il en a
fait.
Les toiles qu'il consacre au cirque sont à
mon avis une admirable démonstration de la
puissance de son trait et de la maîtrise du
dessin qui caractérisent l'ensemble de son
oeuvre. Je comprends très bien que certaines
personnes n'aiment pas ses tableaux; l'art est une
question d'émotion, une réaction
spontanée. Par contre je n'accepte pas que
l'on récuse son talent de peintre. Son
métier était son oxygène; il y
a consacré sa vie avec une
générosité et une
honnêteté indiscutables.
Nous nous sommes connus en 1958. Après
quelques semaines d'errance dues aux complications
provoquées par nos amours inattendus, nous
nous étions cachés à
Saint-Tropez dans une petite maison proche de la
chapelle Saint-Anne. Nous y vivions reclus et
heureux. Il avait suffi de quarante-huit heures
à Bernard pour transformer le garage en
atelier. Dans un coin il m'avait installé
une table et une chaise où je travaillais
à mon premier roman. C'est là que je
l'ai vu peindre pour la première fois. C'est
là que j'ai vu naître les paysages de
New-York. Des instants privilégiés,
fascinants que je n'oublierai jamais. Des moments
bouleversants ... aveuglants de
vérité qui m'ont fait comprendre que
j'aimais un homme hors du commun, unique,
incomparable que rien ni personne ne pourrait
remplacer dans ma vie. Il était mon amant.
Il est devenu mon Maître. Il l'est
resté.
Quand Bernard est parti en m'abandonnant à
un vide insondable on me disait pour me consoler
qu'il ne fallait pas que je pleure, qu'il
était immortel, que son oeuvre veillerait
sur moi. Des propos qui continuent à
m'exaspérer. Et pourtant ! Lorsque je pose
les yeux sur ce corps nu allongé sur un fond
rose je me dis que je ne serai jamais vieille, ni
grosse, ni laide. Je serai à jamais telle
qu'il m'a aimé.
Merci Chéri pour tout ce que tu continues
à me donner.
septembre 2002
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